Eté 1966, première vague à la Côte des Basques sur une planche de location de Jo MORAIZ. L’année suivante, toujours par l’intermédiaire de Jo, j’achète ma première planche : une BARLAND/ROTT de 10 pieds, trois lattes, au moins 20 kilos… Puis une GREEK « Maui Model ».

A cette époque, celle de l’Urkirola Surf Club et de sa petite cabane sur la falaise de Guéthary, nous sommes une petite tribu de la « génération montante » à surfer ensemble tous les jours : Johan FALSEN, Esteban ROSES, Daniel PLISSON et moi-même.

En 1969, pendant l’hiver, à Paris, je « shape » ma toute première planche, en balsa parce que la mousse, à l’époque, est introuvable… Ce n’est évidemment pas une réussite et ça tient plus du knee-board que d’une vraie planche, mais Daniel (qui m’a aidé dans mes toutes premières réalisations) et moi-même sommes quand-même très fiers et nous allons la prendre en photo sous l’Arc de Triomphe !!!
Pendant l’été qui va suivre, les planches ayant raccourci de deux ou trois pieds depuis deux ans, je reshape ma vieille BARLAND/ROTT. 
Sacrilège, bien sûr, mais à ce moment-là, tout le monde est persuadé que ces gros bateaux sont devenus totalement obsolètes et personne n’imagine que ce seront plus tard des objets de collection…
Et puis, c’est l’escalade : Joël ROUX me donne l’adresse d’un fabricant de camions frigorifiques, à Dax, où il s’est procuré ses premiers “pains” de mousse…
Avec Daniel, nous prenons le train de Guéthary à Dax (nous avons quinze ans, aucun autre moyen de transport…), nous achetons deux ou trois blocs rectangulaires d’une mousse brunâtre destinée à l’isolation thermique, quelques mètres de tissu de verre, un gros bidon d’une résine de couleur rose et nous voilà repartis (à pied) jusqu’à la gare. Là, nous mettons le chargement en « bagage accompagné » et retour à Guéthary… Dans le garage de mon père transformé en atelier, nous scions les blocs dans le sens de la longueur, collons une latte en contreplaqué entre les deux morceaux, posons l’ensemble sur des tréteaux avec des sandows pour assurer le serrage, et installons le fût de résine bien lourd au milieu du pain de mousse improvisé ainsi pour qu’il se courbe et prenne un semblant de « rocker » (les blocs font 10 CM d’épaisseur, autant dire des crèpes…) Je passe sur le reste des détails de fabrication de cette époque héroïque… Ce que je peux dire, c’est qu’à chaque fois que j’achète un pain de mousse, aujourd’hui, constitué d’une belle mousse bien blanche et dense, avec une latte déjà collée et l’ébauche du rocker moulée d’origine, je le regarde toujours avec le même respect et la même émotion…